« Mon chien ne sait pas parler chien… » Comment en est-il arrivé là ?

Quelles peuvent être les raisons qui font qu’un chien est incapable de « parler chien »? C’est assez grave quand on y réfléchi, mais finalement assez évident quand on prend conscience de l’impact d’une domestication qui va jusqu’à renier les besoins fondamentaux d’une autre espèce…

Des « ratés » peuvent intervenir à n’importe quel moment de la vie du chien et, avec des conséquences souvent plus lourdes, au moment du développement. Les causes des troubles de l’ajustement social du chien sont nombreuses, cette liste (non exhaustive!) vous permettra d’anticiper ou du moins de prendre conscience que ce chien dit « agressif » ne l’est pas parce qu’il est « dominant »!

Les conditions d’élevage

Si vous n’arrivez pas à comprendre ce qui a pêché dans la socialisation de votre chien ou si vous décidez de prendre votre chiot en élevage, sachez que certaines choses se jouent avant même qu’il n’arrive dans votre foyer, le chiot commence à se construire dans le ventre de la mère et va passé en moyenne 2 mois à l’élevage. Hors, la sociabilité est fortement influencée par les conditions d’élevage et par différents paramètres dont il faut être conscient:

– La mère est décédée 🙁 – s’il y a d’autres adultes équilibrés et volontaires pour participer à « l’éducation » des chiots cela ne posera pas de problèmes.

– La mère n’est pas présente – Elle peut être une « mauvaise » mère, peut-être trop jeune, peut-être éreintée fatiguée ou abîmée par trop de portées successives, mais si les chiots sont en contact avec d’autres adultes (équilibrés et pas éreintés fatigués ou abîmés), ces derniers prendront le relais. Mais certains « éleveurs » (ils ne méritent pas ce nom) retirent  les chiots de la mère trop tôt et il n’y a pas d’autres adultes pour permettre les apprentissages. C’est le cas dans les usines à chiots dans lesquelles seule compte la production intensive de chiots.

– La mère est elle-même mal socialisée – ne sachant pas communiquer elle ne risque pas d’apprendre de bonnes choses aux chiots… Pourquoi faire reproduire un chien qui n’est pas équilibré?!!

– Présence à l’élevage d’un chien désocialisé communicant de façon incohérente et régulière avec les chiots.

– Présence à l’élevage d’un chien mal socialisé qui « attaque » de manière incohérente et traumatisante les chiots.

Nous relèverons ici l’importance des apprentissages dispensés par la mère (ou à défaut, d’autres adultes), comme par exemple  l’inhibition de morsure, apprentissage essentiel acquis dans les premiers mois de la vie d’un chiot au sein de sa fratrie.

 

L’influence de l’humain

Une fois arrivé chez vous, dans votre monde d’humain, la sociabilité s’entretient. Je me permet de rappeler que les contacts libres avec des congénères font partie des besoins fondamentaux du chien, il est donc essentiel que votre chien ait des contacts réguliers  avec des congénères. Je ne vous parle pas de croiser des chiens derrière des grillages ni même d’un petit « bonjour » en bout de laisse qui va durer quelques minutes, je vous parle de possibilité de communication réelle (« Bonjour, qui êtes-vous? Comment ça va?… ») et de partage ( marcher ensemble, renifler les mêmes odeurs…). (Lire l’article de Laura Sgard « Socialiser son chien avec ses congénères »)

Donc, vous venez de récupérer un chiot, son contexte de développement était sain, il s’est construit correctement. Vous avez sa vie entre les mains, c’est vous qui allez quasiment TOUT choisir pour lui, vous êtes responsables des apprentissages qu’il pourra faire à vos côtés. La moindre des choses est de faire en sorte qu’il s’épanouisse en tant que Chien. Voici ce qui peut arriver et qui pourrait altérer sa sociabilité si vous négligez ce qu’il est:

Socialisation partielle:

Contacts exclusifs avec des chiens du même âge (non structurants) ou de la même taille ou avec un seul individu (l’autre chien de la famille par exemple, qui peut très bien être équilibré et bon communicant – auquel cas ce sera juste insuffisant – mais qui peut aussi être mal socialisé et être un très mauvais « exemple »).

Peur sociale:

Le chiot ou chien a subi une véritable agression traumatisante. Il peut être sensibilisé et généraliser cette crainte, il aura peur de tous ses congénères. Restons conscient que, la plupart du temps, ce qui porte lourdement à conséquence c’est le fait que l’humain a lui-même été traumatisé et qu’à la suite de l’agression qu’a subi « son » chiot ou chien, cet humain sensibilisé également, appréhendera tout contact…  Si vous tomber de vélo, il faudra remonter en selle assez vite pour ne pas rester sur un échec  😉

Associations négatives :

Chaque fois que le chien croise un congénère, l’humain raccourci la laisse, voir tire dessus pour interdire le contact ou « calmer » le chien (?). Le chien fait une association simple : autre chien = conséquence négative pour moi => je n’aime pas les autres chiens.  C’est simple et logique, pourtant… Dans certains clubs canin on vous fera faire des exercices comme le slalom de « socialisation » (ahah!!). On place des binômes chien/humain en ligne, à quelques mètres les uns des autres et on demande à un binôme de slalomer au travers de tout ce beau monde. Les chiens, en statique ou ceux qui se déplacent, n’ont bien entendu pas le droit de moufter, parfois même pas le droit de se regarder! Autant vous dire qu’il s’agit là pour le chien, à mon sens, d’un exercice de désocialisation et d’un apprentissage de résignation.

Incohérences de communication dans la vie avec les humains:

Lorsque l’on présente 2 chiens, en laisse courte, sur un trottoir de 1m50 de large, après une arrivée face à face en ligne droite, il faut être conscient que l’on demande au chien de renier ses propres codes afin de se plier à nos règles humaines… Les chiens se rencontrent en courbe, c’est moins conflictuel, et ils devraient être libres de leurs mouvements pour être à l’aise! Les chiens sont adaptables et tolérants (heureusement!), mais tous n’accepteront pas ces incohérences.

Inhibition de comportements naturels:

L’humain, en réprimandant le chien lorsqu’il aboie, grogne ou montre les dents à un congénère, l’empêche de communiquer correctement ses émotions. En inhibant « Fais attention, je vais te mordre! », on pousse le chien à s’exprimer plus radicalement. Il apprend que menacer pour prévenir ne sert à rien, il vaut mieux passer à l’action directement: mordre, le but sera atteint (faire fuir par exemple…) (lire l’article « Mon chien est agressif avec les autres chiens… Les 4 questions essentielles. »)

Mal-être général:

Subir au quotidien un cumul de frustrations non justifiées et d’humiliations (fais pas ci, fais pas ça, fais ceci, fais cela…) ou évoluer dans un environnement non sécurisant déstabiliserait n’importe quel individu au point de le rendre irritable et impulsif… Un chien qui accumule du stress peut « exploser »,  comme une cocotte minute, au contact de ses congénères.

Problèmes de santé:

On l’oubli trop souvent mais la douleur et certaines maladies peuvent exacerber l’irritabilité et donc l’agressivité, comme pour nous! Il va de soi que l’on n’imposera pas la présence d’un chiot ou chien trop actif ou harceleur à un chien âgé, arthrosique, fatigué ou blessé.

Excitation, impulsivité, perte de contrôles:

On est constamment en train de stimuler les chiens avec une communication verbale excitante et gagatisante, nos caresses « shampoing » (lire la Brochure-caresses mise à disposition par Sandrine Otsmane) des jouets (qui couinent, qui roulent, qui volent ou rebondissent…) qui auront, en plus de leur propension à cultiver l’excitabilité  du chien, une énorme valeur pour lui et qui pourraient le pousser à développer une tendance à la protection de cette ressource. Ensuite, on déplore qu’ils aient développé sérieusement leur impulsivité et qu’ils aient tendance à s’exciter… Oups…

Ça fait un paquet de causes possibles et cumulables (!!!) pour que « nos » chiens se désocialisent et finissent par réellement présenter des comportements agressifs inopportuns envers leurs congénères!

L’Humain place (consciemment ou inconsciemment) le Chien dans des situations délicates et incohérentes au point de vue canin, mais le Chien s’en accommode le plus souvent et si ce n’est pas le cas on dira qu’il était défaillant… Mais c’est toujours lui qui finira par recevoir la piqûre.

Essayons d’être vraiment cohérents et respectueux, ils le méritent.

CHAQUE INDIVIDU EST UNIQUE, ceux qui vous vendent des recettes magiques vous mentent… Une chose est sûre, vous mettrez toutes les chances de votre côté en intégrant ces 3 conseils:

  • Rencontres congénères régulières, en privilégiant la qualité plutôt que la quantité!
  • Pas d’excitation ajoutée par l’humain
  • Écoute et cohérence

Valérie Goncalves

4 commentaires

  1. vernay catherine sur 24 juillet 2017 à 10 h 02 min

    bonjour vos livre m’intéresse beaucoup comment me les procurer
    cordialement catherine

    • Valérie Goncalves sur 21 août 2017 à 14 h 28 min

      Bonjour Catherine, merci pour l’intérêt que vous portez à mes écrits. Malheureusement, pas de livres pour le moment, mais des projets en cours 😉

  2. vernay catherine sur 24 juillet 2017 à 12 h 02 min

    bonjour ma suzanne est un border collie qui a un comportement que j’ai du mal à régler, je m’explique en promenade en liberté si on rencontre un chien elle va aller vers lui en aboyant elle a le poil herrisser mais ne mord pas, j’ai une amie qui a 5 borders elle les connais très bien et bien pareil quand on lâche les chiens elle va aller vers eux en aboyant et maintenant je la sort en laisse le temps que tout le monde se renifle et sa va un peux mieux quand je la lâche,
    elle voie des chiens quelle voient 2 fois par semaine au club et dans la vie de tous les jours, c’est curieux en plus elle sent prend au plus faible tout cela pose un problème

    elle a été embetter des chiens qui n’étaient pas très sociable et la ils risques de la mordre, bien sur je la rattache de suite je ne c’est pas si c’est de la peur ou de l’agression gratuite
    que pensez vous du comportement de Suzanne quand elle est en liberté deux cas se pose ont rencontre un chien plus gros quelle elle aboie par peur et quand le chien est plus petit elle aboie pour lui faire peur, pour l’instant sa a presque toujours finie par le jeux il suffit que j’arrive a me mettre a sa auteur et de saluer la personne et faire la causette avec les personnes Suzanne se calme va renifler et sa part en jeux merci si vous pouvez me donner un conseil

    • Valérie Goncalves sur 21 août 2017 à 14 h 26 min

      Bonjour Catherine, votre petite Suzanne doit se poser beaucoup de questions à l’approche de congénères. Vous avez plus ou moins déterminé une émotion de peur, ce qui semble assez cohérent même avec les situations où elle semble aboyer pour faire peur. Un chien dans le doute, un peu sensible et un peu anxieux de la rencontre aura souvent tendance à profiter de plus faible que lui pour se donner de la contenance ou simplement parce qu’un chien qui doute plus que lui le rend encore plus mal à l’aise.
      Malheureusement, sans rencontrer Suzanne, je ne peux être d’une grande aide. N’hésitez pas à vous rapprocher d’un professionnel respectueux et sérieux près de chez vous. Bien cordialement.

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