Le Chien, doudou en accès libre.

Si vous vivez avec des chiens, vous avez probablement vécu cette situation à maintes reprises. C’est d’autant plus vrai si vous vous promenez avec un chien très poilu, à oreilles tombantes et de couleur plutôt claire. C’est d’autant plus systématique lorsque vous sortez avec un chiot!

Évidemment, avec mon hollandais, je rencontre plutôt (mais pas que) le problème inverse. « Mamaaaan! C’est un loup… Ahououou! Ahahouuuu! », « Oui cheri, ou plutôt une hyène, d’ailleurs on va changer de trottoir… » 😉

Il y a alors, pour l’humain qui vit avec le chien, plusieurs réactions possibles.

« Mon chien DOIT accepter de se faire tripoter par n’importe qui. »

Par « n’importe qui » entendez des inconnus croisés dans la rue, humains en tous genres (donc, enfants compris). Mais il s’agit également de tous les membres de la famille, plus ou moins proche (enfants compris encore, c’est évident). Oui, même les bambins surexcités de la cousine de la belle sœur, ceux que le toutou ne connaît pas mais alors pas du tout « mais quand même, c’est la famille, et en plus ils adoooorent les chiens!!! ».

J’en profite ici pour parler de ces enfants qui aiment les animaux, ceux là, moi perso, je m’en méfie comme de la peste! 😈 Oh! La vilaine! Ne m’en veuillez pas mais « aimer » ne signifie pas : adorer toucher ce qui est doux, faire prisonnier dans des espaces ridiculement restreints pour garder près de soi ou mourir de rire devant les efforts fournis par je ne sais quelle petite bête poilue esseulée qui met toute son énergie pour faire tourner sa fichue roue tellement sa vie est nulle… Aimer, pour moi, c’est plutôt respecter les besoins spécifiques, c’est ne jamais se lasser de l’observer être simplement et le plus naturellement possible, c’est partager du temps, un lieu… que sais-je encore, mais ce n’est pas étreindre frénétiquement ou vouloir toucher absolument. Après, ce n’est que mon avis hein…

« On doit demander au propriétaire du chien la permission pour caresser un chien qu’on ne connaît pas. »

Et donc, le chien qu’on connaît? On le pelote quand l’envie nous en prend?

En fait, avec ce principe là, il s’agit surtout de protéger ses miches, le clebs pourrait bien être un psychopathe sanguinaire, il ne faudrait pas se faire bouffer. Et puis, c’est aussi histoire de politesse hein! Ce chien est la propriété de quelqu’un d’autre, comme une voiture, une chaussure ou un slip quoi.

Il n’est donc toujours pas question de respect de l’animal.

Si l’on admet que le chien est un individu sensible, doué d’émotions, on admet alors qu’il sait ce qu’il aime ou n’aime pas, ce qu’il veut ou ne veut pas à un instant T. On admet alors qu’il devrait avoir le choix.

On arrive alors à une catégorie de personnes un peu plus respectueuses.

« Mon chien a le droit de dire non. »

On part donc du principe que le chien nous communique ce qu’il souhaite ou non. Il nous faut alors bien connaître le chien avec lequel on vit et être capable de le lire, parce que les humains que vous croiserez seront incapables (en grande majorité) de le faire. Dans ce cas, il est essentiel de bien dissocier ce que l’on observe en temps réel et ce que l’on pourrait interpréter en projetant, en lien avec nos propres croyances ou peurs.

Voilà, il a le droit de dire non, on est d’accord. Mais est-ce qu’on pourrait, éventuellement lui lâcher la grappe?

Parce que ce qu’on oublie de façon régulière, c’est que nos chiens sont des professionnels de l’adaptation et de la résilience.

Définition résilience: Faculté à « rebondir », à vaincre des situations traumatiques. La résilience est la capacité pour un individu à faire face à une situation difficile ou génératrice de stress. En psychologie, le concept de résilience ou « l’art de naviguer entre les torrents », est introduit en France par Boris Cyrulnik.

Heureusement, sinon, les chiens ne vivraient pas avec les humains et auraient changé de crémerie depuis lurette.

On peut modeler les comportements du chien, ce n’est pas un scoop. On arrive même à en inhiber certains. Par exemple, certains chiens ne grognent plus parce qu’ils se sont fait réprimander systématiquement au moindre grognement, donc, à chaque fois qu’ils ont tenté d’exprimer un désaccord. On peut également façonner sa façon de communiquer. Si vous emmenez votre chien en laisse droit sur un autre chien, par votre déplacement en ligne droite, vous apprenez à votre chien à désapprendre la communication propre à son espèce; leur politesse veut qu’ils se rencontrent en courbe. Si vous tirez sur la laisse chaque fois qu’il renifle, le chien peut même s’oublier en tant que chien et renoncer à ce qui fait de lui un chien: renifler. Et tout cela se fait, volontairement ou non, dès son plus jeune âge.

Revenons à nos moutons, on peut donc, volontairement ou non, consciemment ou non, influencer fortement les comportements des chiens. Ces petits malins sont, en plus capables de stratégies d’adaptation et font preuve à notre égard de beaucoup de souplesse. Donc, avec ça, comment pourrions nous savoir si tel ou tel chien aime vraiment être touché par des inconnus? Observer les signaux que le chien émet pendant qu’il est caressé c’est la moindre des choses. Mais lorsque le chien exprime sa gêne (en détournant le regard, la tête, en se léchant les babines etc), il est déjà trop tard: il EST mal à l’aise.

« Il vaut mieux approcher la main par le dessous. »

Pour certains chiens, le simple regard d’un inconnu peut être difficile à gérer émotionnellement, imaginez donc la pression imposée par la vue de la main d’un inconnu accompagnée d’une intention de toucher…

Je suggère éventuellement de ne pas approcher la main du tout! À moins d’y avoir été invité par le chien lui même. N’attendez pas une lettre avec accusé de réception, mais, par exemple, si le chien vient se glisser sous vos doigts c’est (peut être) une demande de caresse. La demande ne précisera évidement pas toutes les subtilités attendues concernant la durée, la pression de la main, la localisation exacte de la caresse… ce sera alors à vous de lire le chien pour en savoir plus! Rappelons que lorsqu’un chien vient vous voir, il ne veut pas nécessairement que vous le touchiez! D’où vient cette idée farfelue? Il vient s’informer, prendre les odeurs, point barre. Et si, depuis leur plus jeune âge, on avait respecter cet état de fait, tous les chiens ne s’en porteraient que mieux.

Quand vous avez un chiot, s’il va vers des humains (pour s’informer), ces derniers ne peuvent réprimer l’envie de se pencher pour le shampouiner, entraînant de ce fait, des sauts et des mordillements pour une grande partie des chiens. « Oh mais qu’il est choux! C’est pas grave, il ne fait pas mal!  Qu’il est mignon! ». Quelques années plus tard, le chien habitué à ces rencontres ultra excitantes avec les inconnus, a sûrement bien du mal à comprendre pourquoi ça s’est transformé en « Tenez votre chien bordel! Il est agressif il a sauté pour m’arracher la jugulaire! Vous allez me payer le pressing! ». N’oubliez pas que tout le monde n’est pas forcé d’aimer les chiens, et qu’on peut aimer les chiens sans aimer qu’ils nous sautent dessus…

« Le chien n’est pas un doudou, il n’a pas vocation à satisfaire les envie de douceur de tous. »

En ce qui me concerne, j’en suis là.

Forcément, comme il vit à nos côtés, il va bien falloir qu’il tolère de croiser des gens, de tous types (vieux, jeunes, moches ou qui puent), de près ou de loin. Mais pour « de près » on concèdera avec tolérance une marge de manœuvre, on s’adaptera à sa sensibilité pour le bien être de tous. Mais comme nous en fait! Perso, ne venez pas me tripoter sans mon accord, même si on se connaît, vous auriez des surprises… et si on ne se connaît pas vous y risqueriez votre vie!

Le bon sens veut que si ce chien est mal à l’aise en présence d’humains inconnus, je n’irai pas au marché en laisse courte, ça lui évitera une syncope ou ça épargnera à Michel, juste venu faire ses emplettes, de repartir avec un doigt en moins…

Si j’attend du chien avec lequel je vie qu’il n’agresse pas les humains qu’on sera amenés à croiser, je n’attends pas de lui qu’il accepte que des inconnus le touche. Et ça, je ne vais pas attendre que lui m’exprime son malaise au moment du « viol », mais je vais tenter d’anticiper. Si on me demande une « permission » (de l’écrire, ça me hérisse) j’exprimerai, et ce, au risque de passer pour une rombière grincheuse, l’impossibilité de toucher « mon » chien. Au besoin, face à un humain qui ne saura tenir ses mains baladeuses, vous les reconnaissez à leur regard libidineux, certains ont développé une stratégie imparable: lancer un « il mord! ». C’est clair net précis, efficace. Bon là, on a dépassé le stade de la rombière grincheuse je vous l’accorde 😉

Quant à ceux qui ne demandent pas de permission et tripotent tout ce qui passe à portée de main, c’est quitte ou double. Le hollandais croisé hyène avec lequel je partage la vie et qui n’a pas énormément de « succès » auprès des tripoteurs de poils, tolère plutôt bien qu’on le touche et n’est pas spécialement irrité par l’effet de surprise dont certains usent. Quand on traverse, exceptionnellement, le marché, je pense qu’il se dit « ça va passer vite, aller, courage… ». Mais j’imagine et je vois tous ces chiens qui le vivent vraiment mal, ça me brise le cœur.

On vit dans un monde de brutes mais les chiens n’y sont pour rien. Un petit effort, pour eux et pour ceux qui ne montrent rien mais n’ont rien demandé serait bienvenu. Plutôt que d’expliquer comment on peut caresser un chien, expliquons qu’on peut ne PAS caresser les chiens qui ne demandent rien!

La caresse est précieuse, c’est la marque de la confiance, de la proximité, de la satisfaction. Ce n’est pas toucher pour le plaisir égoïste de celui qui touche.

#metoo2 #metoutou…

Toutes mes excuses, c’était trop tentant…

13 commentaires

  1. Nancy sur 17 janvier 2020 à 4 h 49 min

    Excellent !

  2. Deborah Wagschal sur 17 janvier 2020 à 6 h 49 min

    Merci beaucoup pour ces explications. J’ai une léonberg et j’ai malheureusement fait l’erreur de la laisser se faire caresser par tout le monde et même si elle reculait. Moi qui ai tjs eu dès chiens depuis mon enfance, je n’avais pas appris que le chien avait le droit de ne pas aimer. Les labradors (en tous cas les 3 que j’ai eu) allaient spontanément. Enfin bref, j’étais sûr que pour London se serait la même chose et ben non. Toute petite, elle montrait clairement des signes de gêne et reculait et plus tard elle a commencé à grogner. C’était à tel point que je devais changer de côté pour laisser de la distance. Il m’a fallu beaucoup de temps en tout cas jusqu’à deux ans et demi voire 3 ans pour que l’on puisse croiser à nouveau des gens dans grogner. Entre temps j’ai protégé mon chien de toutes caresses et maintenant elle peut être détachée et aller chez les gens pour les sentir. Mais j’explique aux personnes qui sont intéressés que si elle vient vers eux et qu’elle ne repart pas aussitôt ils peuvent tendre là main. Et ça se passe très bien.
    Voilà en vraiment résumé l’erreur que j’ai fait avec mon chien sans savoir que j’étais complètement à côté de la plaque. Ma London est un chien extraordinaire 😍. Elle m’a montré comment comment faire pour qu’elle se sente à l’aise. C’est sûr avec. notre prochaine léotte ou tout autre chien, je ne ferai plus les mêmes erreurs.

  3. Quinzeling Sébastien Saulxdogs sur 17 janvier 2020 à 8 h 39 min

    Et bien ,… Je n’ ai pas grand chose a rajouter. Un super article qui prends en compte le point de vue de nos compagnons et ne se base plus sur les besoins de son humains.. j aimerai le partager sur ma page , alors moi aussi je vois vous en demande naturellement , l’autorisation.

    • Valérie Goncalves sur 17 janvier 2020 à 9 h 07 min

      Ahah! Je vous donne la permission avec grand plaisir!

      • Ambre verot sur 18 janvier 2020 à 17 h 10 min

        La permission de partager cet article génialissime sur des pages est elle généralisée ou avez vous besoin de renifler un peu le cas par cas?
        En cas de généralisation je suis preneuse!

        • Valérie Goncalves sur 18 janvier 2020 à 18 h 26 min

          Avec plaisir si l’auteure et la source y sont mentionnés 😉

    • Charlotte Spillemaecker sur 18 janvier 2020 à 14 h 58 min

      Merci ! J’ai un golden retriever qui chiot ressemblait à un ourson, et je suis passée pour une infecté mégère un paquet de fois car je refusais à des enfants surexcités et hurlants le plaisir de le tripoter. La condition sine qua non pour que je laisse faire est que le chien s’approche de lui même, qu’il soit clairement demandeur. Il l’est la plupart du temps, mais peut être parce que je l’ai preszrvé quand il était bébé. Aujourd’hui il est hyper joyeux quand quelqu’un s’approche de lui mais je continue à exiger le calme de la part des enfants qui demandent à le toucher, et à bien l’observer. Et au moindre signe d’impatience de sa part, je coupe court.

  4. gay sur 17 janvier 2020 à 10 h 53 min

    excellent article puis je le partager

    • Valérie Goncalves sur 18 janvier 2020 à 18 h 28 min

      Avec plaisir, si l’auteure et la source sont clairement mentionnés 😉

  5. epstein Martine et alain sur 18 janvier 2020 à 13 h 49 min

    C’est génial
    c’est expliqué avec à la fois fermeté et beaucoup d’humour
    on est toujours contents d’apprendre à mieux savoir aimer notre chien
    merci beaucoup

  6. Gallizioli sur 18 janvier 2020 à 14 h 40 min

    Et que penser des chiens qui ont obligé d’accomplir la difficile tâche de chien visiteur? Encore une invention humaine qui ne tiens pas forcément compte du chien .

    • Valérie Goncalves sur 18 janvier 2020 à 18 h 27 min

      En effet, c’est un vaste sujet…

  7. Alicia Lucas sur 18 janvier 2020 à 14 h 50 min

    Tout à fait d’accord !

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