Antinomie et paradoxe.

Par Guillaume Bretzner

“ N’a de conviction que celui qui n’a rien approfondi ”, je pensais ce matin à cette phrase d’ Emil CIORAN tout en m’alarmant du sort que nous réservons aux animaux. Nos affirmations et nos convictions ne résistent pas à l'esprit critique. Par ignorance et par peur aussi de la vérité, nous hésitons à soumettre celles-ci à la moindre contradictions. Nous aimons notre ignorance car elle est la protectrice de nos "petites" convictions." Je critique en général beaucoup et je ne sais pas si c’est une bonne chose. Cela dit je ne crois pas que ce soit vraiment important. Car au final nous ignorons toujours si nous détenons la vérité d’une part, et d’autre part peu importe si l’on se trouve du côté du plus grand nombre. La philosophie ne s’embarrasse pas avec la notoriété.
Durant l’antiquité l’homme a commencé à emmètre l’hypothèse de sa supériorité sur l’animal. Suivant les préceptes d’Aristote l’être humain, bien que bipède comme l’oiseau et vivant en communautés organisées comme les abeilles, a cru bon de vouloir égaler les dieux. La sagesse et l’aspiration au bonheur ne sont-ils pas des aptitudes reversées aux dieux ? Et c’est au Moyen Age que le christianisme a opposé encore plus frontalement les humains et les animaux, en faisant des uns l’image de Dieu et des autres l’incarnation de la bestialité à laquelle il faut impérativement échapper. L’ homme est il produit de l’évolution ou un produit de la physique et de la métaphysique. Puisque nous avons du mal à admettre que nous sommes des animaux, serions nous une exception mystérieusement désignée qui nous distingue du reste de la nature. Il va falloir choisir parce que ces conceptions antinomiques ne sont pas du tout compatibles.
“ Vous sentez-vous plutôt chimpanzé ou plutôt bonobo ? “, cette question pleine de sens fut soulevée un jour par Frans de Waal. Elle est extrêmement pertinente, car notre appartenance à l’une ou l’autre des catégories va dicter nos comportements. J’entends déjà le sourire narquois des chimpanzés moquant la sexualité débridée des bonobos. La preuve finalement que les apparences sont trompeuses et que les obsédés ne sont pas forcément du côté envisagé. Alors je pose moi aussi cette question, êtes vous chimpanzé ou bonobo ? Etes vous un traditionnel dominant ou un cognitiviste positif ? Encore deux visions opposées et non réconciliable.
J’en ai soupé des conciliateurs et des temporisateurs. Il va falloir choisir son camp. Marre d’entendre certains éducateurs canins, adeptes de méthodes respectueuses, reconnaître qu’il existe de bonnes choses chez les dominants-dresseurs. Ce n’est pas de l’ouverture d’esprit en l’occurrence, c’est de l’incompétence manifeste. Ceux qui pensent que les animaux doivent êtres dominés et dressés entretiennent le mythe de l’homme parfait. Ils pensent comme les théologiens chrétiens, que l’homme n’a ni histoire ni devenir, car il est parfait.
Antinomie et paradoxe. Voilà bien des façons de brasser sans pour autant faire avancer les choses. Le paradoxe justement, celui qu’entretiennent les autoritaires, ceux qui veulent tout maîtriser. Ceux qui parle d’intelligence et de réflexion pour justifier leur soif de dominance et de recours à la violence. Les extrémistes et les fachos se font entendre car ils bénéficient des largesses des personnes ouvertes et respectueuses. Contraindre un animal c’est juste un truc de frustré.
En 2004, Jacques VAUCLAIR et Michel KREUTZER rédigent “ L’ éthologie cognitive “ dans le but d’ouvrir le champ des questionnements scientifiques, sur les esprits animaux, l’intentionnalité, la pensée et la conscience. Intéressant ouvrage qui nous interrogent sur la nécessité de nous libérer du carcan béhavioriste. Ces approches doivent nous amener à réfléchir sur certaines choses. En particulier qu’il n’est pas possible d’obtenir le beurre et l’argent qui va avec. Continuer à façonner le chien pour en faire un robot aux ordres par exemple, ce n’est pas lui reconnaître une sensibilité et une cognition évoluée. Même si pour le faire obéir on utilise des méthodes respectueuses. Croyez bien que cette observation je me l’impose en premier lieu, tant je prends conscience au fur et à mesure que les années passent, que mes propres animaux n’ont pas la vie qu’ils méritent.
Souvent j’en appelle à la déconstruction pour repenser l’animalité d’une part, mais aussi les relations inter-spécifiques. Pourquoi déconstruire ne serait pas un progrès, puisqu’il semble évident que les chemins empruntés nous mènent à l’échec. Actuellement je reconnais que je n’ai pas la solution, et je constate qu’il est extrêmement difficile de faire comprendre au plus grand nombre certaines urgences et obligations. Et puis souvent c’est le plus grand nombre qui fini par avoir raison. Du moins c’est dans cet esprit que la société semble évoluer.
Ce matin ma fille joue avec sa DS à un jeu où elle dresse des chiens. Assis, debout, couché, roule, fait le beau, fait le mort. En sortant elle va croiser 5 chiens et va leur dire : “ Bonjour les amis.” Et il ne lui viendra même pas à l’idée de leur donner le moindre ordre quoiqu’ils fassent. La société lui impose de dresser ses chiens par l’intermédiaire d’un jeu vidéo alors que dans la vraie vie, et alors qu’elle est en contact direct avec le vivant, faire cela lui semble complètement inutile.
Guillaume Bretzner